Archéologie grecque

 

• Archéologie


L’archéologie grecque au CReA-Patrimoine s’organise autour de plusieurs thématiques et programmes de recherches : les fouilles archéologiques sur le site d’Itanos (Crète orientale) ; l’étude des céramiques (production, formes et usages, distribution, échanges culturels et économiques) ; la question des espaces publics et des pratiques sociales ; l’archéo-métallurgie ; l’étude des patrimoines et l’histoire des collections. Ces thématiques qui, parfois, s’entrecroisent rassemblent un nombre important de chercheurs, de doctorants et de post-doctorants et s’inscrivent au sein d’un réseau de collaborations internationales. 

Fouilles archéologiques d’Itanos 

Études des céramiques

• Espaces publics et pratiques sociales 
Plusieurs projets s’inscrivent dans cet axe de recherche. Ils abordent différentes problématiques, des aires géographiques et des périodes variées allant du début de l’Âge du fer à la fin de l’époque hellénistique. 

-    Le programme de recherche "Beyond the Polis. Collective practices and Construction of Social Identities in Early and Archaic Greece (12th – 6th centuries B.C.)", soutenu par la Fondation Ph. Wiener – M. Anspach, a été mené de 2012 à 2015 dans le cadre d’une collaboration avec le Professeur Irène Lemos (Université d’Oxford). Il se prolonge aujourd’hui en étendant les cadres géographiques et chronologiques et en associant de nouveau chercheurs. 

Ce programme examine le rôle des pratiques collectives et rituelles dans la construction des identités sociales qui se mettent en place dans le monde grec après la chute des Palais mycéniens. À partir d’un choix de cas de figures et d’une fourchette chronologique qui va de l’Helladique Récent à la fin de l’époque archaïque et au début de l’époque classique, les études traitent de la question de la continuité et de la transformation de ces pratiques depuis la fin de l’âge du Bronze à la mise en place et le développement de la cité grecque. Dans un premier temps, le programme s’est plus particulièrement centré sur quelques exemples situés en Grèce propre et en Mer Egée qui permettaient d’analyser certaines pratiques comme la consommation partagée de boisson et de nourriture, la consécration d’objets ou les rituels funéraires, liées à des structures, situées en dehors des cadres chronologiques ou géographiques de la polis: la zone sacrée de Lefkandi (Eubée) (I. Lemos- Université d’Oxford) ; les « Maisons Sacrées » en Attique (A. Alexandridou);  les premières phases d’occupation, XIIe-VIIe s.,  de l’Amyklaion de Sparte (V. Vlachou) (fig. 1), et l’édifice proto-archaïque et archaïque de la Nécropole Nord d’Itanos (Crète orientale), VIIe-Ve s. (A. Tsingarida & D. Viviers). Dans un deuxième temps, l’étude s’est également tournée vers des régions limitrophes du monde grec telles que le Nord de l’Égée, la Macédoine et la Thrace, pour traiter le rôle varié des pratiques collectives et rituelles dans un contexte culturellement mixte et suivant un modèle politique différent de la cité-état, largement répandu dans le monde grec, (V. Saripanidi), (Y. Chalazonitis). Ces dernières analyses portent particulièrement sur les pratiques et le mobilier funéraires, considérés comme des éléments fondateurs d’une identité sociale et culturelle multiple mais aussi comme des éléments qui matérialisent le statut, les relations et les échanges entre les différents groupes présents dans ces régions (Grecs, Macédoniens, Thraces). 

Fig. 1 : L’Amyklaion de Sparte, vue du Sud-Est (©The Amykles Research Project)

Dans la prolongation du questionnement sur les pratiques collectives et la construction d’identités en Grèce du Nord, un nouveau projet étudie également les processus mis en place dans la formation du royaume macédonien et son organisation socio-politique du VIIe jusqu’au IVe s., au moment de l’avènement du Philippe II. Cette recherche prend comme point de départ un ensemble de tombes mises au jour sur plusieurs sites funéraires macédoniens et les analyse selon une perspective inter-disciplinaire combinée à une application de modèles théoriques (V. Saripanidi). 

-    Le monde crétois, et plus particulièrement la Crète de l’Est au début de l’Âge du Fer et à l’époque archaïque, fait également l’objet d’une recherche approfondie qui s’intéresse aux processus mis en œuvre pour exprimer des identités sociales et culturelles et affirmer la cohérence de certains groupes construits, notamment, sur base de liens familiaux. L’analyse d’un ensemble de contextes archéologiques (nécropoles, habitat, sanctuaire) doit permettre de restituer les changements qui ont lieu dans l’organisation sociale et politique de l’île et préciser comment certaines identités trouvent une expression matérielle sur le terrain à des échelles variées, du micro au macro-régional (C. Judson ; A. Tsigarida & D. Viviers) (fig. 2). 

Fig. 2 : Vue aérienne du complexe archaïque d’Itanos à la Nécropole Nord, Vue du Sud (© Fouilles d’Itanos, CReA-Patrimoine)

-    L’analyse des procédés mis en place pour construire des identités sociales et culturelles est également au cœur d’un projet qui porte sur le monde étrusque et qui s’attache plus particulièrement à un examen diachronique des pratiques conviviales des élites aux VIIe et VIe siècle. Par le biais d’une analyse de la vaisselle céramique en contexte, le projet met l’accent sur les pratiques de commensalité, de partage de boisson et de cérémonies utilisant des liquides ou de la nourriture en Étrurie centrale (Chiancano Terme) et en Étrurie Padane (Bologne, Spina) (D. Tonglet).

-    Certains projets s’intéressent aux pratiques sociales développées au sein des contextes cultuels des sanctuaires. 

Une première étude analyse les restaurations et réparations architecturales anciennes tant du point de vue des institutions que du point de vue des techniques de construction, en tirant parti des vestiges archéologiques et des sources littéraires et épigraphiques. Le projet vise également à évaluer les coûts de construction des édifices en Grèce antique en appliquant des méthodes quantitatives traditionnellement cantonnées aux civilisations sans écriture et au monde romain. Un accent tout particulier est placé sur les sanctuaires panhélleniques de Delphes et de Délos (J. Vanden Broeck-Parant). 
 
Le projet doctoral, intitulé « Eὔπλοια : promesse d'un heureux voyage. Pour une meilleure compréhension de la dévotion des commerçants en Méditerranée archaïque : une approche archéologique » (Marie de Wit), participe également au thèmes de recherche « Espaces publics et pratiques sociales ». Il s’inscrit dans la continuité des recherches sur les réseaux d'échanges économiques et culturels au sein de cette Méditerranée « connectée » mise en évidence par les études récentes consacrées au networking. Cette étude a pour ambition d'apporter une meilleure compréhension de l'acte de piété en lien avec la pratique commerciale, du rôle du sanctuaire dans les échanges économiques mais aussi cultu(r)els en Méditerranée archaïque. 

 

Publications (une sélection)

D. Tonglet, "Etruscan Melting-pot: Some Considerations about Etruscan Banquet Sets in Funerary Contexts", in M. Bentz & M. Heinzelmann (éds), Archaeology and Economy in the Ancient World. Proceedings of the 19. International Congress of Classical Archaeology. Cologne/bonn, 22-26 May 2018, à paraître.

A.  Tsingarida and I. Lemos (eds.), Collective Practices and the Construction of Social Identities in Early and Archaic Greece (12th-6th centuries B.C.), Brussels, 2017 –CReA-Patrimoine [Études d’Archéologie 13]

I. Lemos and A. Tsingarida (eds.), Beyond the Polis. Rituals, Rites and Cults in Early and Archaic Greece (12th-6th centuries B.C.), Proceedings of the International Symposium held in ULB, Brussels, 24-26 September 2015, Brussels, 2019  – CReA – Patrimoine [Études d’Archéologie 15] (sous presse)

V. Saripanidi, “Macedonian Necropoleis in the Archaic Period: Shifting Practices and Emerging Identities”, in H. Frielinghaus, J. Stroszeck & P. Valavanis (eds.), Zwischen Identitätskonstruktion und Unterweltsvorstellungen. Griechische Gräber und ihr Kontext im Spiegel neuer Funde (Beiträge zur Archäologie Griechenlands 5, Möhnesee forthcoming).

J. Vanden Broeck-Parant, « L’entretien des monuments à Délos à l’époque hellénistique d’après le vocabulaire des inscriptions », in Ch. Davoine, A. d’Harcourt et M. L’Héritier (éds), Sarta Tecta. De l’entretien à la conservation des édifices. Antiquité, Moyen Âge, début de la période moderne, Presses universitaires de Provence, 2019, 37-50.

V. Vlachou, “Feasting at the Sanctuary of Apollo Hyakinthos at Amykles: The Evidence from the Early Iron Age”, in F. van den Eijnde, J. H. Blok and R. Strootman (eds), Feasting and the Polis Institutions, Brill-Leiden/Boston 2018, 93-124.


• Archéo-métallurgie


L’archéologie grecque au CReA-Patrimoine a développé ces dernières années un nouveau pôle de recherches dans le domaine de l’archéo-métallurgie, plus spécifiquement centré sur le Nord de l’Égée (les îles et le continent). Un premier projet s’intéresse à la technologie militaire et à l’organisation de la production d’armes dans l’île de Thasos et les régions Thraces avoisinantes, du XIe au VIe s avant notre ère (Y. Chalazonitis, Wiener-Anspach post-doctoral Fellow [2017-2019] ; chargé de recherches du FNRS 2019 - 2021).  D’une part, l’étude typologique de l’armement et les analyses chimiques des métaux utilisés doivent permettre l’identification des lieux de production et des liens spécifiques entre certaines armes et les populations, grecques, thraces et macédoniennes, présentes dans la région (fig. 3). D’autre part, l’analyse vise également à éclaircir l’introduction dans l’île de Thasos et sa région proche de types d’armement Grecs, caractéristiques de l’Égée centrale, ainsi que leur diffusion parmi les populations locales. 

Fig. 3 : Reconstruction en 3D d’un porpax de bouclier Grec (c.575-550 av. J.C., Oisyme) (© Ioannis Chalazonitis).

Un deuxième projet, développé dans le cadre d’une bourse européenne Marie-Curie Individual Fellowship  (ME. Tech. NAS) porte sur la technologie des métaux et examine les procédés d’extraction et d’exploitation de minerais au Nord de l’Égée de la préhistoire à l’époque classique ainsi que leur implication dans l’économie, le rituel, le pouvoir politique et les interactions sociales (N. Nerantzis). Le choix s’est porté sur la Grèce du Nord continentale et les îles de Samothrace et de Thasos, qui comptent parmi les régions les plus riches en dépôts miniers en Égée (Fig. 4). L’étude explore les questions d’expansion technologique à travers la connectivité et la mobilité, deux notions désormais essentielles dans les discussions en archéologie.  

Fig. 4 : De gauche à droite et de haut en bas : entrée du site minier à Lékani, Kavala ; reconstitution expérimentale de la fonte du cuivre ; objets en bronze découverts à Thasos (Âge du Bronze) ; image optique au microscope d’une lame de cuivre montrant 4 phases minéralogiques distinctes (© Nerantzis Nerantzis).

Publications (une sélection)

I. Chalazonitis, Ch. Koukouli-Chrysanthaki & D. Malamidou, ‘“ΕΝΤΟΣ ΑΜΩΜΗΤΟΝ” : an ‘Argive’-type shield from the sanctuary of Oisyme’, Annual of the British School of Athens 113 (2018), (Disponible sur Cambridge FirstView: https://doi.org/10.1017/S0068245418000060 ).

Bassiakos Y., Nerantzis N. and S. Papadopoulos, “Late Neolithic/Early Bronze Age metallurgical practices at Limenaria, Thasos: evidence for silver and copper production”, Journal of Archaeological and Anthropological Sciences, Volume 11.6 (2019), 2743-2757.


• Patrimoines et Histoires des collections


La construction des identités nationales doit énormément à l’archéologie. La collecte et la mise au jour des témoins d’un passé qui s’ancre matériellement dans un territoire participèrent largement à la cohésion des communautés humaines, à la légitimation du pouvoir, mais aussi parfois à la domination (à tout le moins culturelle) de certains États. Les patrimoines archéologiques représentent donc des enjeux importants pour les populations qui s’en réclament à un titre ou à un autre. Comment ont-ils été appréhendés ou utilisés à travers les siècles ? Quelles questions posent-ils sur notre rapport au monde, au passé, aux autres ? Quelle est in fine la part de la science et du politique dans leur interprétation ?  Les recherches sur le patrimoine traitent de l’ensemble de ces questions.

Le programme de recherches consacré à l’Histoire des collections s’intéresse plus particulièrement aux antiquités rassemblées au XIXe siècle par un ensemble d’amateurs européens, plus particulièrement belges et britanniques (Lord Elgin – D. Williams). Ce siècle constitue une période charnière puisqu’il est celui de la science archéologique, avec la publication de nombreux catalogues de musées et la création de chaires universitaires consacrées à cette discipline. C’est à cette époque également que l’on voit apparaître la majorité des musées publics qui abritent souvent d’importantes sections consacrées à l’Antiquité, désormais intégrée dans la notion, nouvellement acquise, de patrimoine national qui se développe avec les Etats Nations.  La culture classique s’ouvre à un plus grand nombre, devient un enjeu pédagogique et éducatif, et sera même détournée par certains vers un usage de propagande. 

Ce thème de recherche a été initié au CReA-Patrimoine en 2002 dans le cadre d’un projet de collaboration entre l’ULB (Athéna Tsingarida) et l’Université d’Oxford (Donna Kurtz), financé par le Fondation Wiener-Anspach (2002-2005). Depuis ses débuts, il cherche à restituer certaines grandes collections aujourd’hui disparues et à comprendre les motivations qui ont poussé les propriétaires à acquérir ces antiques. Au-delà, ce sont les visions, les usages et les détournements multiples de l’Antiquité que l’on tente de comprendre mais aussi les rapports tissés entre amateurs et scientifiques, entre collectionneurs et artistes, collectionneurs, marchands et antiquaires. A travers l’étude de certaines collections, c’est la réception de l’antiquité classique qui est abordée pour le rôle qu’elle a joué dans la formation du goût européen, le développement des arts décoratifs et la construction de certaines grandes collections nationales appartenant à des musées belges ou européens.  Un intérêt particulier se porte sur certaines collections présentes en Belgique (G.P. Campana [S. Sarti], A. van Branteghem [A. Tsingarida], R.de Ravestein et L. Somzée [C. Evers]) pour analyser le rôle de l’antiquité dans la construction d’une identité et une culture belges à travers la formation des grandes institutions muséales et d’une histoire nationale mais aussi pour mettre en évidence les originalités de l’appropriation belge du passé classique. 

Publications (une sélection)

S. Sarti, The Campana Collection at the Royal Museum of Art and History (Brussels), Bruxelles, 2012 [Etudes d’archéologie 4] – CReA-Patrimoine. 

A. Tsingarida, “The Search of the Artist. The van Branteghem and Bourguignon Collections and the Connoisseurship of Greek Vases”, in S. Schmidt, M. Steinhart (eds.), Sammeln und Erforschen. Griechische Vasen in neuzeitlichen Sammlungen, Munich, 2014, 115 -122 [Beihefte zum Corpus Vasorum Antiquorum 4].

A. Tsingarida & D.C. Kurtz (eds), Appropriating Antiquity. Saisir l’Antique. Collections et collectionneurs d’antiques en Belgique et en Grande-Bretagne au XIXe siècle, Bruxelles, 2002 

A. Tsingarida & A. Verbanck – Piérard (éds), L’Antiquité au service de la Modernité ? La Réception de l’Antiquité Classique en Belgique au XIXe siècle, Bruxelles, 2008

D. Viviers, Usages et enjeux des patrimoines archéologiques. Entre science et politique. Bruxelles, 2018 [Académie royale de Belgique, Collection l’Académie en Poche].

•     L’équipe

-    Professeurs

  • A. Tsingarida (professeur, ULB) ; D. Viviers (professeur ordinaire, ULB ; Académie royale de Belgique)

-    Doctorants

  • A. Attout (doctorant, assistant en Antiquité classique) ; M. de Wit (doctorante, Aspirante FNRS)

-  Chercheurs post-doctorants

  • Y. Chalazonitis (chargé de recherches au FNRS) ; C. Judson (Chercheuse post-doctorale, Marie-Curie COFUND Fellowship) ; N. Nerantzis (chercheur post-doctoral, Marie-Curie Individual Fellowship) ; V. Saripanidi (chercheuse post-doctorale FNRS) ; D. Tonglet (Chargée de recherches FNRS) ; J. Vanden Broeck-Parant (post-doctorant, professeur suppléant) ; V. Vlachou (membre belge de l’Ecole française d’Athènes). 

-    Professeurs invités, collaborateurs scientifiques

  • N. Massar (collaborateur scientifique, conservateur aux MRAH-KMKG) ; K. Neeft (professeur invité) ; S. Sarti (collaborateur scientifique CReA-Patrimoine, Service archéologique de la Toscane) ; D. Williams (professeur invité).

 

•  Contact

Athéna Tsingarida


N.B. : Faute d’espace, on renverra ici aux pages webs des chercheurs mentionnés pour une présentation détaillée des projets et des programmes individuels.