Les Bouches de Bonifacio

Étude de l’occupation romaine des Bouches de Bonifacio


Malgré leur importance, aucune synthèse n’aborde le thème des Bouches de Bonifacio à l’époque romaine. Ce territoire, à la croisée des routes maritimes de Méditerranée occidentale, a pourtant joué un rôle central dans le commerce et a vu s’épanouir des monuments dont le statut est encore débattu (fig. 1). Par un raisonnement déductif, les archéologues ont par le passé conclu que le site de Piantarella jouait un rôle dans le contrôle du goulet mais les preuves manquent. Rien n’explique le développement d’une grande demeure (fig. 2), à nulle autre pareille, dans le contexte insulaire corse. L’économie et les ressources des établissements littoraux en périphérie sont assez mal connues. 

Fig. 1 : Principaux sites archéologiques des Bouches de Bonifacio. DAO Nathalie Bloch

Fig. 2 : La fouille de la villa romaine de Piantarella. Photographie : L. Nonne

L’entreprise a pour objectif d’aborder différents aspects de l’occupation à la période romaine sur le littoral bonifacien, sur la côte septentrionale de la Sardaigne (Capo Testa) et dans les archipels des Lavezzi et de La Maddalena. Le projet vise à décrire la structuration de l’habitat sur le littoral, à déterminer les ressources disponibles, leur mode d’exploitation et à analyser l’assise économique des différents établissements. L’ambition est également d’aborder les interactions entre les sites littoraux et de définir la relation avec les sites sardes dans le cadre d’une stratégie de contrôle du détroit. Les marqueurs de l’occupation romaine seront traités en s’appuyant sur des prospections, sur des fouilles archéologiques et des recherches subaquatiques. 
L’un des axes de recherche concerne l’étude des carrières romaines dans les archipels corso-sardes. Sur l’archipel des Lavezzi, notamment, au large du site de Piantarella, un ensemble de carrières dites maritimes (installées à fleur d’eau) témoignent d’une activité intense de l’exploitation du granite gris (fig. 3-4). Quelques ébauches de colonnes monolithes de grande taille démontrent le prestige et le coût des objets extraits, à l’imitation des colonnes de granite du Mons Claudianus, en Egypte, produites en nombre pour les grands programmes impériaux. Le granite étant peu ou pas présent dans le bâti romain des Bouches, quelle en était la finalité ? Par qui était-il exploité ? A quelle(s) fin(s) commerciales ? 
L’équipe associe les archéologues du CReA-Patrimoine, sous la direction de Sébastien Clerbois (Sylvie Byl, Antoine Darchambeau, Nicolas Paridaens), ainsi que les géologues de G-Time, sous la direction de Nadine Mattielli (Antoine Triantafyllou). L’approche associe la fouille, l’étude technologique et l’étude géoarchéologique et vise à une compréhension holiste de l’exploitation et de l’économie du granite à l’époque romaine. Le relevé par photogrammétrie est assuré par la Plateforme PANORAMA (Henry-Louis Guillaume) ; les relevés sont un support à l’étude, mais constituent également un enregistrement patrimonial, les sites étant rapidement recouverts, et donc menacés, par une plante invasive, le carpobrotus (griffe de sorcière).

Le projet est porté par l’association « Archéologie et Patrimoine en Corse », sous la direction scientifique de Gaël Brkojewitsch, avec la collaboration logistique et scientifique du Centre Camille Jullian, du CEREGE, du DRASSM, de l’Inrap et de l’Université libre de Bruxelles. Il réunit une équipe internationale appartenant à 12 organismes partenaires et regroupe 30 participants. 

Fig. 3 : La carrière romaine de l’île de Cavallo (archipel des Lavezzi). Photographie : L. Nonne
Fig. 4 : Relief romain à l’entrée de la carrière de Cavallo. Photographie : L. Nonne

Contact : Sébastien Clerbois

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